Beholder : L'incroyable jeu sur écoute

Le test du jeu Beholder, édité par Alawar Entertainment et développé par Warm Lamp Games, a été réalisé sur PC.

Beholder : L'incroyable jeu sur écoute

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Beholder : L'incroyable jeu sur écoute

Certains jeux vidéo que vous prenez en main, sollicitent votre esprit de compétition. D’autres, comme le jeu Beholder, développé par la société russe Warm Lamp Games et édité par Alawar Entertainment, se démarquent, en poussant l’expérience encore plus loin et vous incitent à la réflexion. Le jeu vidéo est-il un art ? Qu’est-ce que l’art ?

Je vais tenter de répondre à ces deux questions, en vous proposant ma définition de l’art, au travers du test du jeu Beholder.

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L'histoire de Beholder

17/20

Entre réalité et fiction, vous vous retrouvez dans un univers gris et métallique, une ville industrielle parmi tant d’autres, perdu dans ce grand et bel État… Ce bel État totalitaire, qui fait bien sûr référence à l’URSS, mais plus généralement, à tous les régimes totalitaires existants à travers le monde.

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Les yeux de la nation

Vous êtes Carl Stein, le gérant d’un petit immeuble, le gardien, chargé du bien-être et de l’entretien de cette résidence d’état. Engagé directement par le ministre des affectations, traité par voie médicamenteuse pour ne pas dormir et donc vous rendre utile à la patrie 24h/24h. Vous comprenez bien vite que le lessivage des sols et l’entretien de l’escalier ne vont pas vous prendre beaucoup de temps par rapport à votre vraie mission : être les petits yeux de la nation.
Chaque jour, chaque heure, les citoyens complotent, fomentent et trafiquent… mais qui ? Qui sont les gens respectables, parmi cette masse de travailleurs indistinct ? C’est là, que vous intervenez !
L’univers n’est pas ni très complexe ni très original. Ce qui est intéressant pour le coup, c’est le lien entre l’histoire, l’univers et l’expérience vidéo ludique. L’investissement émotionnel du joueur dans cet univers, où la morale est importante, aurait été tout à fait différent dans un univers moins réaliste (si on incarnait des animaux par exemple).

La trame de fond est simple mais diablement puissante, chacun se sentira tout de suite immergé dans le jeu.

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Game System

18/20

Le jeu se situe entre le jeu de gestion et le point n’ click. Vous allez devoir surveiller les faits et gestes des différents locataires, en étroites liaisons avec le ministère. Un téléphone directement relier à son bureau, une carte blanche laissée par votre gouvernement et vous voilà prêt à votre tâche.
Guetter par le trou de la serrure, utiliser votre passe partout pour rentrer chez les locataires en leur absence, installer des caméras discrètes… tout est permis ! Mais attention, le bon peuple est attaché à ses valeurs de respects de la vie privée… les sots. Aussi vous devrez prendre soin de ne pas éveiller les soupçons des locataires de l’immeuble, sous peine d’être démis de vos fonctions.

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Et là, je vous prie de croire, qu’on ne parle pas d’une gentille lettre de licenciement, suivi d’un stage de formation chez pôle emploi. Si vous n’êtes pas à la hauteur des espoirs du gouvernement, vous irez compléter la liste des personnes, qui s’évanouissent sans laisser de trace, à peine le souvenir d’avoir un jour existé.
Tout le génie de ce jeu consiste à nous obliger à mettre un choix moral dans nos actions, un peu comme le jeu This War of Mine: The Little Ones où toutes les décisions morales du joueur, ont une incidence.
Si nous choisissons de remettre en cause, même de questionner, le fond de notre travail, notre chef nous rappelle ce qu’est arrivé à notre prédécesseur (on ne le sait pas vraiment d’ailleurs, mais on comprend bien ce qu’il y a à comprendre). Alors on décide de suivre les directives d’État. Interdiction d’abriter des criminels, interdiction de fabriquer soi-même les médicaments, interdiction de lire des auteurs prohibés, interdiction de porter des jeans ou de manger des pommes… tenez-vous au courant des dernières directives d’état, car un mauvais travail sera sanctionné très vite. Si vous constatez un de vos locataires enfreindre la loi, un petit coup de téléphone, un petit rapport à rédiger soi-même (attention à ne pas faire de fautes quand vous le rédiger car cela pourrait se retourner contre vous !!!!), et les policiers arrivent et débarquent manu militari l’odieux citoyen.

Dans ce jeu, on fait comme toujours nos petites expériences, on regarde ce qui se passe si… si on vole de façon trop visible chez les gens, si on ne respecte pas les consignes. La hiérarchie n’est ni patiente, ni flexible. Une erreur de trop, et c’est vous que les policiers vont venir cueillir.
Très vite, les réalités de la vie vous rattrapent. Vous souhaitiez faire honnêtement votre besogne, des lettres de cachet pas plus qu’il n’en faut. Mais voilà, la petite tombe malade, les frais de scolarité du grand arrivent, votre femme vous rabroue et vous demande des petites faveurs qui vous prennent du temps. Et on se retrouve à court d’argent. On se surprend à voler chez les gens car le salaire ne suffit pas, on fait chanter les locataires pour des objets que vous avez dissimulé vous-mêmes dans ses affaires… Mais c’est pour la bonne cause, ou plutôt c’est pour votre survie !
Le fait de nous placer face à des choix humains, renforce l’impact psychologique, sur chacun de nos choix. Pour ne pas finir en prison et laisser votre famille à l’abandon, vous devrez faire du zèle, beaucoup de zèle. Bien sûr, il est possible de travailler honnêtement en aidant votre prochain. Mais quand le temps vous presse, votre bonne conscience laisse la place au petit démon posté sur votre épaule, qui vous susurre d’aller porter de fausses accusations pour un pot-de-vin qui arriverait à point nommé. Tout cela est très crédible.
Dommage que les tâches soient un peu répétitives.
Le jeu est entièrement traduit en français, ce qui est assez rare pour être souligné. Par contre certaines traductions sont un peu maladroites. Elle ne nuise pas à la compréhension du jeu mais font un peu « google trad », par exemple « mauvais temps » a été traduit par « méchant temps ». C’est suffisamment discret pour ne pas gêner l’expérience de jeu.

Graphisme

18/20

Vous citoyens, force motrice et ouvrier de la nation, n’êtes pas utile en soi. C’est le nombre qui est important. Tous les personnages ne sont que des silhouettes noires, s’exprimant par un regard blanc et se distinguant des autres par quelques traits (cheveux, lunettes…). C’est une idée très forte visuellement, qui rend parfaitement compte des problématiques du jeu. Le clair-obscur pour l’espionnage, le travail de l’ombre… et l’uniformisation pour la déshumanisation des travailleurs au profit de la nation éternelle.

Un pur régal

Une interface claire et très administrative, qui complète l’ambiance parfaitement gérée.
Des pictogrammes discrets qui indiquent les discussions des gens quand vous les espionnez, des expressions de regards très facilement identifiables, plein de petits détails dans l’immeuble, un ciel sinistre et gris comme l’époque : tout vous installe dans cet univers maîtrisé, et pourtant les petites touches d’humour viennent désamorcer le trouble et la menace de l’univers du jeu

Soulignons les cinématiques très bien animées, simples et dans le ton. Un pur régal.

Beholder
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Bande son

18/20

La bande discrète est ponctuée par des dialogues indistincts (comme dans les sims) et la sonnerie d’usine est là, pour vous donner le rythme des heures. Rien à dire de ce côté.
Toutes les cinématiques sont doublées en français, la voix du narrateur colle, elle aussi, à l’ambiance du jeu. Rien à redire de ce côté-là non plus.

ConclusionMon avis concernant Beholder sur PC

18/20

Le poids moral de vos actions

Pour répondre à ma question du tout début. Est-ce que le jeu vidéo est-il un art ? Oui, à condition qu’il propose ses propres codes et sa propre expression. Les jeux, mêmes magnifiques comme Resident Evil, Halo ou Heavy Rain, ne font qu’imiter les codes du cinéma. Et je pense, que le jeu vidéo doit avoir ses propres codes.

Pour moi, Beholder en fait parti. L’interactivité du jeu ne sert pas qu’à aller de cinématique en cinématique en exacerbant notre compétitivité, l’interactivité du jeu vidéo sert ici le propos du jeu, à savoir, vous permettre de vous rendre compte du poids moral de vos actions, mais en même temps de la difficulté à être fidèle à ses principes vertueux dans un monde dictatorial. Il n’y a aucun autre média média (film, théâtre, littérature…) qui pourrait rendre intacte l’expérience vécue.

Une vraie réussite qui a le mérite en plus d’être tout à fait intéressante dans ses mécaniques de jeu et propose un vrai challenge. Un must have !

Bande annonce du jeu Beholder

Micromania